La paroisse de Notre-Dame-de-L’Annonciation (1698/1722)



En 1673, les Hurons de Notre-Dame-de-Foy s’établissent plus avant dans les forêts, sur un plateau de la seigneurie Saint-Gabriel. La nouvelle mission prend le nom de « Lorette », comme la chapelle construite en 1674 sur l’emplacement du cimetière actuel. Faite de brique et mesurant quarante pieds de longueur sur vingt de largeur, elle est semblable à celle du célèbre sanctuaire de Lorette, un lieu de pèlerinage en Italie. 

Centre d’un bourg autochtone, dirigé par le jésuite Pierre-Joseph-Marie Chaumonot (1611-1693), le lieu de culte est aussi fréquenté par les colons français établis à la côte Saint-Paul, à Champigny et à Saint-Ange. Le premier registre des baptêmes, mariages et sépultures remonte à 1676. Les autochtones et les Français reçoivent alors « tous les services de la religion » (Allard,1979, 48). 

Conformément aux directives royales, Mgr de Laval effectue une première division paroissiale de la vallée du Saint-Laurent, en 1678. Il érige alors formellement neuf paroisses. L’une d’elles est constituée des terres des Jésuites situées à l’ouest de Québec. Elle comprend les secteurs de « Ste Foy, Goderville, St Michel, la route St Ignace et Lorette » (ASQ, Paroisses diverses, 53, cité dans Lessard, 2001, 297). Malgré le caractère officiel de l’opération, elle semble avoir servi surtout à désigner des missionnaires résidents (Courville, 2001, 16). 

Les Hurons quittent Lorette en 1697 pour le haut de la rivière Saint-Charles. Leur nouvel établissement prend le nom de « Jeune Lorette », tandis que l’ancien devient la « Vieille » ou l’« Ancienne » Lorette. L’année suivante, le second évêque de Québec, Mgr de Saint-Vallier, subdivise le trop vaste territoire pastoral en deux secteurs, Sainte-Foy et L’Ancienne-Lorette. C’est à partir de ce moment, en septembre 1698, que la paroisse prend forme et que le premier curé arrive sur les lieux, Thomas-François Poncelet, un prêtre du Séminaire de Québec. Le 7 janvier précédent, les Jésuites ont d’ailleurs cédé leur église de brique, leur maison et quatre arpents de terre en superficie aux « habitants circonvoisins » pour « servir de paroisse » et de presbytère(cité dans Allard, op. cit., 61). 

Même si la paroisse existe visiblement depuis 1698, on fait remonter sa fondation officielle à 1722, date de l’adoption d’un arrêt sur les paroisses par le Conseil d’État. Depuis l’année précédente, en effet, les autorités ont entrepris de redéfinir les paroisses fort embrouillées de la vallée du Saint-Laurent (Courville, op. cit., 18). Elles en ont profité pour attribuer la date de 1722 aux paroisses qui n’ont pas de décret d’érection, comme c’est le cas à L’Ancienne-Lorette. L’opération de 1721-1722 a aussi permis d’établir plus exactement les frontières paroissiales. Celles de la « Vieille » Lorette s’étendent désormais sur deux lieues et demie de longueur et une lieue et demie de profondeur. Son territoire, inscrit entre ceux des paroisses de Saint-Augustin, Notre-Dame-de-Foy et Charlesbourg, est pris à même les seigneuries de Saint-Gabriel, Gaudarville, Bonhomme, Demaure et d’une infime partie de Sillery (Allard, op. cit., 73).

En 1719, on entreprend la construction d’une église pour remplacer la chapelle des Hurons. La paroisse compte alors 68 personnes regroupées en 13 familles (Recensement du Canada, cité dans Allard, 122). Les travaux durent plusieurs années puisqu’en 1724, dans une lettre adressée aux paroissiens de L’Ancienne-Lorette, l’évêque écrit que « [...] l’église sera bientôt dans l’état qu’on peut désirer qu’elle soit pour dire la messe » (cité dans Allard,134). L’église actuelle est construite sur le même site à partir de 1907. 

L’appellation de Notre-Dame-de-L’Annonciation semble dater de 1834. Un document des Archives de l’archi-diocèse de Québec mentionne alors ce nom pour la première fois (AAQ, 69 CD, Visites pastorales, vol 9 : 8). Le vocable veut rappeler que le sanctuaire de Lorette, en Italie, contient la maison de la Vierge, là où se déroula l’Annonciation. Démontée pièce par pièce, cette maison aurait été transportée de Nazareth à Lorette à l’époque des croisades (Lafontaine, 2003).



Louise Côté

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