La paroisse de Notre-Dame-de-la-Garde (1885)


Au début du XIXe siècle, grâce au commerce du bois avec l’Angleterre, Québec devient l’un des principaux ports d’Amérique et un centre de construction navale. Sur les deux rives du Saint-Laurent, entre la chute Montmorency et Cap-Rouge, les chantiers et les anses à bois se succèdent. Dans le secteur du Cap-Blanc (ou de l’Anse-des-Mères), une intense activité maritime de flottage du bois, d’équarrissage et de construction navale « mobilise des milliers de travailleurs » (PatriArch, 2002, 10). Des manœuvres, des débardeurs et des artisans s’établissent près de leur lieu de travail, de part et d’autre de l’unique route, un chemin tortueux qui suit la configuration de la falaise, depuis la basse-ville de Québec.

Sans chevaux ni voitures, les ouvriers n’ont « que leurs jambes et leur énergie pour atteindre les endroits de culte » (Provost, 1977, 55). Dès 1839, des résidants du secteur déposent une requête auprès des autorités religieuses pour obtenir l’autorisation de construire une chapelle sur la rue Champlain. Ils reviennent à la charge en 1847 et en 1851. Le nouvel archevêque de Québec, Mgr Pierre-Flavien Turgeon, accède finalement à leur demande en permettant l’aménagement d’un lieu de culte dans l’école Mgr-Signaï. Cette desserte de Notre-Dame est placée sous le patronage de « Saint-Laurent du Havre ». On y célèbre la messe tous les dimanches avec prône bilingue puisque le secteur compte de nombreux Irlandais (Ibid., 60).

À la fin de 1874, le curé de Notre-Dame recense 167 familles canadiennes-françaises, soit « 810 âmes », sur la rue Champlain. Le cardinal Elzéar-Alexandre Taschereau conclut qu’il « faut une chapelle » dans ce quartier de la ville (Ibid., 64). Quelques mois plus tard, d’ailleurs, une nouvelle requête des habitants du Cap-Blanc est déposée auprès de la fabrique de Notre-Dame. On demande la construction d’une église vu « l’immense distance » qui sépare les résidants du temple paroissial et parce que souvent les femmes et les enfants « ne sont pas suffisamment vêtus, dans les temps froids, pour parcourir à pied une si grande distance » (Requête de 1875, cité dans Ibid., 65).

Déjà favorable au projet, le cardinal Taschereau autorise la construction. Le terrain est acquis en 1876 et les travaux débutent en avril 1877, sous la surveillance de l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy. Comme le Cap-Blanc compte de nombreux marins, on place la desserte sous la protection de Notre-Dame-de-la-Garde, patronne des marins qu’on honore à Marseille par un pèlerinage.

La paroisse de Notre-Dame-de-la-Garde est érigée canoniquement par le cardinal Taschereau le 23 juillet 1885. Détachée de Notre-Dame-de-Québec, son territoire « d’environ deux milles et demie de longueur » est borné par le cap, par le fleuve ainsi que par les paroisses de Notre-Dame et de Saint-Colomb-de-Sillery (aujourd’hui Saint-Michel). On établit alors que les biens de la paroisse seront gérés par le diocèse pendant quelques années. Notre-Dame-de-la-Garde ne deviendra propriétaire de son église et du presbytère qu’en 1948, date de la création d’un corps de marguilliers (Noppen, 1994, 35).

À la fin du XXe siècle, la baisse de la pratique religieuse et la diminution des effectifs du clergé incitent plusieurs paroisses à se regrouper ou à mettre à commun certains services. Depuis les années 1990, la paroisse de Notre-Dame-de-la-Garde partage ses coûts administratifs et ses services pastoraux avec la paroisse mère de Notre-Dame-de-Québec.

Louise Côté

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