La paroisse de Saint-Charles-de-Limoilou (1896)


Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le marchand de bois William Hedley Anderson lotit une partie de sa ferme, près du pont Dorchester, pour y loger les ouvriers de son chantier (Gallichan, 1996, 18). En quelques années, le village de Hedleyville se développe, puis fusionne en 1893 avec celui de Stadacona, situé en amont de la Saint-Charles, pour former Limoilou.

Le noyau de Hedleyville compte alors une population de 200 familles, soit environ 1 000 habitants (Alexis, 1921, 58). Même si l’église de Saint-Roch n’est pas trop éloignée, plusieurs veulent obtenir leur propre lieu de culte. Le journal L’Électeur a même annoncé en 1888 qu’on projetait de construire une chapelle près du pont Dorchester (Noppen, 1994, 90). Resté sans suite dans l’immédiat, le projet refait surface en 1896 : un groupe de citoyens dépose alors une requête auprès du cardinal Bégin pour obtenir une église et un presbytère. On ajoute que les résidants sont prêts à faire « des sacrifices en proportion de leurs moyens » et que l’objectif est aussi de « préparer l’établissement d’une église canonique et civile » (Requête de 1896, citée dans Alexis, op. cit., 68).

La requête est favorablement reçue, quoique le cardinal songe d’abord à la création d’une simple mission dépendante de l’archevêché, « comme c’est actuellement la coutume dans les villes » (Ibid.). Les religieuses de l’Hôtel-Dieu offrent gratuitement le terrain de l’église, un emplacement de cinq arpents situé au nord de l’agglomération. En attendant sa construction, le curé Albert Côté célèbre les offices à la corderie de la Consumers Cordage Company (Ibid., 69).

Mgr Bégin érige canoniquement la nouvelle paroisse de Saint-Charles-de-Limoilou dès le 24 mai 1896. Détachée de Saint-Roch, elle s’étend de la paroisse de Charlesbourg à la rivière Saint-Charles jusqu’à Charlesbourg et de la paroisse de Saint-Michel-Archange jusqu’à la route de Charlesbourg (aujourd’hui 1re Avenue).

En 1902, le cardinal Bégin invite les pères Capucins à prendre charge de la paroisse. Celle-ci est passablement endettée depuis la reconstruction de l’église, ravagée par un incendie trois ans plus tôt (Noppen, op. cit., 90).

La croissance de la paroisse est rapide. En 1906, la compagnie de promoteurs immobiliers de la Quebec Land entreprend la mise en valeur de la vaste propriété Anderson. Quatre ans plus tard, soit un an après l’annexion de Limoilou à la ville de Québec, Saint-Charles compte plus de 3 000 habitants et en 1915, elle atteint déjà les 5 400 résidants (Ibid., 66). L’urbanisation rapide du quartier entraîne le détachement des paroisses de Saint-François-d’Assise en 1914 et de Saint-Pascal-Baylon en 1923 (aujourd’hui Saint-Pascal-de-Maizerets). Saint-Charles perd encore certaines parties de son territoire avec la formation de Saint-Fidèle en 1927 et de Saint-Esprit en 1930.

Dans les dernières décennies du XXe siècle, la baisse de la pratique religieuse et la diminution des effectifs du clergé entraînent des modifications importantes du paysage paroissial. Le 17 mars 1998, les paroisses de Saint-Charles-de-Limoilou, Saint-François-d’Assise, Saint-Zéphirin-de-Stadacona, Saint-Fidèle et Saint-Esprit fusionnent pour former la nouvelle paroisse de Notre-Dame-de-Rocamadour.

Louise Côté

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