La paroisse de Saint-Dominique (1925)

En 1879, quelques années après leur arrivée à Saint-Hyacinthe, depuis la France, les Dominicains déposent une demande officielle pour s’établir à Québec. Bien que favorable à l’idée, l’archevêque considère toutefois que le moment est mal choisi et qu’un nouveau corps religieux pourrait nuire aux Jésuites, aux Oblats et aux Rédemptoristes qui se partagent alors Québec (Plourde, 1975, 5). À la suite de deux nouvelles demandes, en 1895 et en 1899, Mgr Bégin accepte finalement, mais en posant entre autres la condition de ne pas ouvrir de chapelle publique (Ibid., 6). Le prélat veut éviter de porter préjudice à la paroisse de Saint-Jean-Baptiste, grevée de dettes depuis la reconstruction de son église. Les Jésuites, qui desservent depuis quelques années la chapelle de Notre-Dame-du-Chemin, sont par ailleurs déterminés à ne laisser aucun autre ordre masculin s’implanter dans la ville (Noppen, 1994, 105).

La condition posée par les autorités diocésaines va toutefois à l’encontre des règles des Frères prêcheurs qui sont, par leurs statuts, tenus d’ouvrir une chapelle publique. Les pourparlers reprennent donc jusqu’à ce que l’autorisation épiscopale soit donnée, le 7 mars 1900. On convient que la chapelle sera ouverte à tous, sauf aux paroissiens de Saint-Jean-Baptiste, les dimanches.

L’achat d’un terrain traîne en longueur si bien que les pères ne s’établissent pas à Québec avant 1906. Le 7 mars, ils ouvrent leur première résidence dans une petite maison louée de l’avenue Taché. À l’arrière, une chapelle de bois est accessible au public. En mai 1908, les Dominicains déménagent dans la résidence Charlebois (autrefois Battlefield Cottage) où ils transforment une remise à voitures en chapelle. L’augmentation des fidèles entraîne l’agrandissement du lieu de culte, puis l’édification d’une nouvelle chapelle, inaugurée en décembre 1919. Les pères se construisent aussi une nouvelle résidence.

Dotés d’un monastère et d’un lieu de culte, les Dominicains n’ont toujours pas de paroisse, pourtant essentielle à la survie financière de l’ordre. D’ailleurs, les supérieurs de la communauté, en France, exigent que le diocèse de Québec confie une paroisse aux religieux. Le provincial dépose donc auprès des autorités une nouvelle demande en 1915, puis une autre en 1916. On avance notamment qu’une paroisse dans ce secteur de la ville pourrait « contrer l’élément anglais et protestant très fort » (Ibid., 107). En 1921, un groupe de citoyens présente aussi une pétition de 191 noms, mais le chapitre des chanoines demeure inflexible. Selon celui-ci, les religieux doivent être libérés du ministère paroissial pour vaquer plus librement à la prédication (Plourde, op. cit., 15). En réalité, l’Église canadienne se méfie de la possible « domination » des communautés religieuses françaises qu’elle accueille (Noppen, 1996, 39). Les Dominicains doivent aussi contrer l’opposition des Jésuites qui ne veulent perdre aucune partie de leur nouvelle paroisse fondée en 1906, Notre-Dame-du-Chemin.

À la suite du dépôt d’une nouvelle requête en novembre 1923 et surtout de l’intervention du délégué apostolique au Canada, le diocèse accepte finalement l’idée d’une fondation paroissiale sans fabrique. La paroisse de Saint-Dominique est érigée canoniquement le 5 février 1925. Elle s’étend, grosso modo, entre la rue Saint-Cyrille (aujourd’hui boulevard René-Lévesque) et la cime du cap Diamant, puis entre les avenues Brown et De Salaberry. En 1928, au moment où l’on décide de construire une nouvelle église paroissiale, on y compte 560 familles.

En 1997, les autorités diocésaines suppriment la paroisse de Saint-Cœur-de-Marie « considérant la diminution importante de la population résidante » (Décret du 14 octobre 1997). Son territoire est rattaché à celui de Saint-Dominique.

Louise Côté

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