La paroisse de Saint-Augustin-de-Desmaures (1694/1722)



Les premiers habitants de la seigneurie Demaure s’établissent près du fleuve, seule voie de communication au XVIIe siècle. Comme dans toutes les paroisses naissantes, le territoire est d’abord desservi par une mission. Un prêtre ou un père vient occasionnellement y célébrer la messe. 

Selon plusieurs auteurs, dont Auguste Béchard, la paroisse aurait été fondée en 1691, mais cette affirmation n’est étayée par aucun document. Un acte de baptême signé en 1693 par « Juconde Brue, Récollet » démontre plutôt que la seigneurie est probablement encore desservie par un missionnaire. L’existence de la paroisse est mentionnée pour la première fois en 1694, sur un autre acte, signé cette fois par Jean Daniel Testu, qui se dit « prestre curé de la paroisse de Saint Augustin en la Seigneurie de Maur » (cité dans Béchard, 1885, 28). C’est d’ailleurs cette année-là qu’une chapelle de bois est construite sur la terre d’Ambroise Tinon-Desroches. Souvent inondée au moment des crues du fleuve, elle est déplacée un peu plus loin en 1713, à l’Anse-à-Maheu, près d’un presbytère de pierre datant de 1698. 

Dans les années 1710, la carte des paroisses de la vallée du Saint-Laurent est très embrouillée, « en raison de l’ancienneté et de l’imprécision des découpages existants » (Courville, 2001, 18). L’État tente donc d’y remédier. À la suite d’une vaste enquête, on produit un règlement des districts et paroisses en octobre 1721, lequel est sanctionné par un arrêt du Conseil souverain le 3 mars1722. Cette opération de « redécoupage et de redéfinition du territoire paroissial » permet de délimiter formellement 76 paroisses (Ibid.), dont celle de Saint-Augustin. Entre Cap-Rouge et Portneuf, ses limites correspondent au territoire de la seigneurie Demaure. L’année 1722 sert aussi à dater les paroisses dont on ne possède pas le décret d’érection, comme c’est le cas à Saint-Augustin. Même si un curé y officie depuis au moins 1694, on fait désormais remonter son acte de fondation officielle à 1722. 

L’année 1722 est aussi celle où les paroissiens de Saint-Augustin achèvent la construction d’une petite église de pierre qui remplace la chapelle de bois. Érigée à l’Anse-à-Maheu, selon un plan récollet, elle mesure « quatre-vingt pieds de long [...] trente-huit de large [...] et vingt pieds d’hauteur de dessus le Raz de chaussée » (cité dans Gobeil-Trudeau, 1981). 

Au début du XIXesiècle, l’église est devenue trop petite et les habitants du haut de la seigneurie se plaignent de son éloignement et du mauvais état des routes pour s’y rendre. Pour mettre fin à une controverse qui oppose les habitants du premier rang à ceux des troisième, quatrième et cinquième rangs, l’évêque de Québec, Mgr Plessis, choisit un nouveau site pour la construction d’une église plus grande. Il arrête son choix en 1808 sur une terre du deuxième rang, un endroit alors peu peuplé, mais beaucoup plus central. 

Au moment de l’inauguration du nouveau temple en 1816, on ferme l’église de l’Anse-à-Maheu, qui sera incendiée peu après. La pierre de ses murs est vendue aux constructeurs du quai de Saint-Nicolas. 

À ce jour, la paroisse de Saint-Augustin-de-Desmaures n’a subi aucun démembrement. Elle conserve les limites établies officiellement en 1722 à partir de celles de la seigneurie.



Louise Côté

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