La paroisse de Saint-Charles-Borromée (1678/1693)



La paroisse de Saint-Charles-Borromée est formée à même l’une des plus anciennes seigneuries de la Nouvelle-France, celle de Notre-Dame-des-Anges, concédée aux Jésuites en 1626. De quatre lieues de profondeur (environ 20 kilomètres) depuis la rivière Saint-Charles, elle est limitée à l’est par la rivière Sainte-Marie (Beauport)et à l’ouest par le ruisseau Saint-Michel (actuel parc Cartier-Brébeuf). Les premières terres sont concédées le long de la Saint-Charles et du Saint-Laurent. Peu d’habitants s’établissent sur les plateaux qui s’élèvent vers le nord. 

En 1665, dans le but d’augmenter le nombre de leurs censitaires, les Jésuites veulent établir un bourg. Ils répondent ainsi à une directive royale qui oblige dorénavant les habitants à se regrouper. S’inspirant de certaines villes françaises et italiennes, les pères proposent un mode de lotissement radial organisé autour d’un espace où se dressera l’église. 

Sur le premier plateau dominant la vallée de la Saint-Charles, ils délimitent un carré d’une superficie de 25 arpents pour servir de terre communale. En son centre, cinq arpents sont réservés pour l’église, le presbytère et le cimetière. À l’extérieur de la commune, ils bornent ensuite 40 terres de forme trapézoïdale, lesquelles sont disposées en étoile autour du « Trait-Carré ». Ce type de développement original est repris au sud du Trait-Carré, dans le secteur de Saint-Jérôme ou de la Petite-Auvergne, où le manque d’espace, toutefois, ne permet d’établir qu’un demi-cercle. En 1667, l’intendant Talon adopte le même modèle à Bourg-Royal, au nord-est du Trait-Carré. Ces trois agglomérations forment la base de la future paroisse. 

Il est possible qu’une première chapelle ait été construite vers 1660 dans le secteur de Bourg-Royal, si l’on en croit une tradition orale recueillie par le chanoine D. Gosselinau début du XXe siècle. Affectée en principe à la desserte des Hurons – qui sont pourtant regroupés à cette époque à la mission de Sillery –, elle aurait peut-être existé jusqu’en 1670 (Noppen, 1972, 13). 

La documentation concernant la « seconde » chapelle, quoique lacunaire, est plus abondante. Élevée entre 1666 et 1674, elle était située « juste à côté » de l’église actuelle (Gaumont, 1986, 5). Son terrain sera officiellement cédé par les Jésuites à la fabrique de « Bourg-Royal » en1686 (Noppen, op. cit.). Faite de colombage, elle était lambrissée de planches et couverte d’un toit de paille. En 1683, on la dit « prête à tomber, sans presbytère »(Relations des Jésuites, cité dans Trudelle, 1998). On continue toutefois de l’utiliser puisqu’en 1696 on la couvre de paille « pour la dernière fois » (Noppen, op. cit., 14).Elle est placée sous le patronage de saint Charles Borromée, un important réformateur de l’Église au XVIe siècle. De Rome, les Jésuites ont obtenu des reliques du saint qui ont été exposées en 1674, « à la grande joie des habitants » (Malouin, 1949, 46). 

La mission est évidemment desservie par les Jésuites avant d’être confiée au Séminaire de Québec à partir de1675. Les premiers registres ouvrent en 1678, au moment de la fondation officieuse de la paroisse. Conformément aux directives royales, Mgr de Laval opère alors une première division paroissiale de la vallée du Saint-Laurent. Il érige formellement neuf paroisses dont celle de Charlesbourg (Courville, 2001, 16). L’érection canonique du 26 septembre 1693 s’effectue sous l’épiscopat de Mgr de Saint-Vallier. Alexandre Doucet devient alors le premier curé de Saint-Charles-Borromée. Il s’empresse de faire construire un presbytère, le premier d’une sériede trois qui se succéderont sur le même site. La construction d’une église de pierre est entreprise peu après. Elle se dresse dès 1695, là où se trouve aujourd’hui le parc du Sacré-Cœur. Elle sera démolie en 1836, six ans après la consécration de l’église actuelle (Villeneuve, 1986, 43). 

Les limites de la paroisse de Saint-Charles-Borromée sont fixées par l’arrêt du 3 mars 1722. Ses dimensions sont impressionnantes : elle s’étend sur 3 lieues et 18 arpents de front (environ 16 kilomètres), de la vallée de la Saint-Charles jusqu’aux Laurentides et de Beauport à L’Ancienne-Lorette. Elle comprend plusieurs petites agglomérations– Petit-Village, Gros-Pin, Saint-Jérôme dit l’Auvergne, Bourg-Royal, Saint-Romain, etc. – dont la principale est celle du Trait-Carré ou de Charlesbourg proprement dit (Trudelle, 1896/1998, 48).

La paroisse perd une minime partie de son territoire en 1727 lorsque trois habitants du Petit-Village sont désormais rattachés à La Nativité-de-Notre-Dame. La séparation de Saint-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette en 1794 est beaucoup plus importante. Le curé Derome favorisait cette division parce que l’église de Charlesbourg était petite et que la population augmentait constamment(Malouin, op. cit., 62). L’éloignement de plusieurs « villages » entraîne par la suite les scissions de Saint-Edmond-de-Stoneham en 1850, de Notre-Dame-des-Laurentides en 1905, de Saint-François-d’Assise en 1914 et d’une partie de Saint-Émile en 1928. À partir des années 1940, l’urbanisation du territoire entraîne la création d’une série de nouvelles paroisses toutes détachées de Saint-Charles-Borromée : Saint-Rodrigue en 1945, Saint-Albert-le-Grand en 1946, Saint-Pierre-aux-Liens en 1952, Saint-Jérôme-de-l’Auvergne en 1956, Bon-Pasteur en 1960, Notre-Dame-de-l’Espérance en 1961, Sainte-Maria-Goretti en 1963 et Sainte-Cécile en 1966. 

Depuis la fin du XXe siècle, la baisse de la pratique religieuse et celle des effectifs du clergé ont entraîné un remodelage du paysage paroissial. Certaines paroisses issues de Saint-Charles-Borromée ont fusionné pour enformer de nouvelles, comme celle du Bienheureux-Jean-XXIII. D’autres retournent au bercail : en 1998, les paroisses de Sainte-Cécile et de Sainte-Maria-Goretti sont réunies à Saint-Charles-Borromée, la paroisse-mère.



Louise Côté

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