La paroisse de St. Patrick (1889)


Dans la première moitié du XIXe siècle, l’Irlande est affectée par la disette générale, le remembrement des terres – qui permet d’expulser les petits exploitants agricoles –, puis par la grande famine de 1845-1849 (Sévigny, 1995, 157). Ajoutées à l’attrait du Nouveau Monde, ces difficultés, voire ces catastrophes, incitent des milliers d’Irlandais à émigrer en Amérique. Plusieurs s’établissent à Québec, principale porte d’entrée de l’immigration et port très actif.

Le 17 mars 1819, fête de la Saint-Patrick, patron des Irlandais, le vicaire de Notre-Dame célèbre une messe spéciale en anglais à la chapelle des Congrégationistes de la rue D’Auteuil (Anonyme, [1923], 2). L’événement atteste de l’existence d’une communauté catholique distincte qui manifeste déjà le désir de bénéficier « des bienfaits de la religion dans [sa] propre langue » (O’Gallagher, 1979, 30). À partir de 1827, les Irlandais obtiennent d’ailleurs qu’on célèbre à la cathédrale une messe en anglais, tous les dimanches matin à huit heures (Ibid., 61). Deux ans plus tard, on met aussi l’église de Notre-Dame-des-Victoires à leur disposition. On estime alors que les Irlandais catholiques forment plus du cinquième, peut-être même le quart des habitants de la ville. Selon le curé de Notre-Dame, ils seraient plus de 6 000 sur une population totale d’environ 23 000 personnes (Hare, 1987, 196).

Conscients de leur nombre et de leur différence, les Irlandais veulent leur propre église. Une fabrique, appelée le « Comité », entreprend d’ailleurs de recueillir des fonds, même si la création d’une paroisse « nationale » entraîne des réticences dans le milieu ecclésial (Anonyme, [1923], 4). La paroisse de Notre-Dame perdrait alors des milliers de paroissiens, donc des revenus importants, si on scindait son territoire pour former une nouvelle paroisse.

La communauté irlandaise va tout de même de l’avant et acquiert, en juillet 1831, un terrain sur la rue Sainte-Hélène (aujourd’hui McMahon). Les travaux de construction débutent dès l’automne et l’église de St. Patrick est bénie solennellement en 1833, pour le bénéfice des Irlandais et « autres catholiques d’expression anglaise » (O’Gallagher, op. cit., 15). L’église, placée sous l’autorité d’un chapelain, le père Patrick McMahon, obtient alors le statut de succursale de Notre-Dame : tous les revenus provenant des mariages, des grandes messes et des sépultures seront remis au curé de Québec et l’on continuera d’administrer les sacrements à la cathédrale et de les inscrire aux registres de Notre-Dame.

À la suite d’une pétition adressée à la législature, le gouvernement du Canada-Uni accepte finalement d’incorporer la « Congrégation des Catholiques de Québec qui parlent la langue anglaise ». L’acte sanctionné le 19 mai 1855 autorise la desserte de St. Patrick à administrer « ses affaires » et à tenir ses registres de baptêmes, de mariages et de sépultures « de la même manière [...] que si la dite église était une église paroissiale ». Comme le stipule l’article IX de cet acte, le chapelain ne pourra toutefois pas tenir les registres « avant qu’on se soit entendu sur le sujet avec la fabrique de la paroisse de Notre-Dame de Québec » (Acte d’incorporation, Cap. 227;228, 18 Vic.).

Établie dans les faits, la paroisse de St. Patrick est placée sous la direction spirituelle des pères Rédemptoristes en 1874. Il faudra attendre jusqu’au 15 septembre 1889 pour que soit émis le décret d’érection canonique qui officialise son statut. C’est donc la première fois qu’une paroisse est érigée civilement avant de l’être canoniquement. La nouvelle division religieuse, qui couvre tout le territoire de la ville, a aussi la particularité d’être établie sur une base linguistique.

Au début du XXe siècle, la population irlandaise se retrouve surtout aux limites de la ville, dans le secteur de l’avenue De Salaberry. On y construit une nouvelle église, sur la Grande Allée, à partir de 1914. Restée longtemps inachevée, elle est entièrement ouverte au culte en 1958, puis démolie 30 ans plus tard, au moment où l’on construit une nouvelle église, avenue De Salaberry.

En 1957, tandis que les villes de banlieue sont en pleine croissance, la paroisse nationale de St. Patrick modifie ses limites pour englober désormais les catholiques anglophones de Sainte-Foy et de Sillery (Lafontaine, 2003). Comme la population continue d’augmenter dans ces secteurs, on détache de St. Patrick, en 1966, la nouvelle paroisse anglophone de St. Vincent. Mais la baisse de la pratique religieuse et la diminution des effectifs du clergé entraînent la suppression de cette paroisse en 1994 et son rattachement à la paroisse mère. Le 17 novembre 1999, un nouveau décret canonique modifie les limites de la paroisse linguistique de St. Patrick pour y inclure notamment Beauport, Cap-Rouge, Charlesbourg, L’Ancienne-Lorette, Lévis, Loretteville, Saint-Augustin-de-Desmaures, Saint-Émile, Val-Bélair et Vanier.

Louise Côté

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